La CAN, vitrine du football africain, se retrouve une fois encore au cœur d’un scandale qui en dit long sur l’état des institutions sportives du continent. Quand l’organisation d’un tournoi continental tourne à la « grosse farce », ce n’est pas seulement l’événement qui est mis à mal : c’est la légitimité de la Confédération africaine de football (CAF) elle-même, et par ricochet, l’avenir du football africain.
Ce que révèle l’affaire n’est pas nouveau : opacité, décisions prises au sommet sans consultation, intérêts privés qui se glissent dans les marges, promesses non tenues et, parfois, un simulacre de procédure démocratique. Mais la répétition de ces dérives a un coût tangible : sponsors qui s’éloignent, joueurs et fans désillusionnés, talents mal exploités, compétitions dévaluées. Et surtout, une image africaine privée de la crédibilité qu’elle mérite.
Récupérer la CAF : priorité n°1 Il ne s’agit pas d’un simple toilettage.
La CAF doit être récupérée au sens propre : rendre le pouvoir aux instances représentatives, réintroduire la transparence, et refonder les mécanismes de gouvernance. Concrètement :
*Audit indépendant et public :*
Lancer sans délai un audit financier et organisationnel externalisé, avec publication des conclusions et sanctions si nécessaire. Pas d’enquête interne qui se referme sur elle-même.
*Réforme statutaire :*
Limiter les mandats, définir des incompatibilités claires (pour empêcher conflits d’intérêts), instituer des procédures électorales transparentes et vérifiables.
Gouvernance partagée : associer les ligues nationales, les joueurs, les entraîneurs et les représentants des supporters à la prise de décisions structurantes (calendrier, droits TV, partenariats).
Professionnalisation des cadres : recruter des dirigeants et managers sur qualifications et parcours, pas sur réseaux ou clientélisme.
*Transparence contractuelle :*
Publication systématique des contrats majeurs (sponsors, droits TV, partenariats infrastructurels) et des critères de choix des villes hôtes.
Protection des lanceurs d’alerte : garantir que ceux qui dénoncent irrégularités le fassent sans risque de représailles.
*Sauver le foot africain : l’enjeu dépasse la CAN*
La CAN est un symptôme. L’enjeu réel est la capacité du football africain à canaliser ses ressources vers la formation, les infrastructures, la compétition et la valorisation des talents locaux. Sans institutions crédibles, l’argent ne sert qu’à entretenir des réseaux, pas à développer des championnats, des académies ou des centres médicaux sportifs.
Il faut aussi revoir la relation avec les fédérations internationales et les diffuseurs :
Négocier des accords qui renforcent l’autonomie financière des fédérations nationales et qui assurent une redistribution équitable des revenus. Les jeunes joueurs doivent être protégés juridiquement et financièrement pour que les talents africains bénéficient d’un soutient réel avant d’être exportés.
Responsabilité collective La récupération de la CAF ne peut être l’affaire d’un seul. Gouvernements, ligues, collectivités locales, médias, sponsors et supporters ont leur part de responsabilité. Les gouvernements doivent cesser d’intervenir politiquement dans les structures sportives quand cela favorise le copinage, mais rester garants d’un cadre légal permettant la transparence. Les médias doivent enquêter et relayer sans complaisance. Les sponsors doivent exiger des audits et conditions claires. Les supporters doivent reprendre la parole : boycotts ciblés, pression via les réseaux et mobilisation durant les assemblées générales peuvent forcer le changement.
Parler donc d’« affaire » n’est pas de la délation : c’est un signal d’alarme.
Si la CAN se transforme en spectacle mal monté parce que ses coulisses sont une foire d’intérêts opaques, alors le football africain perd bien plus qu’un tournoi. Il perd des décennies de crédibilité et d’opportunités pour sa jeunesse.
Récupérer la CAF, c’est d’abord un acte de sauvegarde : remettre le football africain entre les mains de ceux qui l’aiment et savent le servir pas de ceux qui en profitent. Si l’on veut sauver le foot africain, la révolution commence maintenant, à la lumière et non dans l’ombre.
**Sambou BIAGUI*
*DG Maison de la Presse** *Ancien vice président de l’ANPS (Association nationale de la presse sportive)*










