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Contribution : Le COJOJ peaufine son organisation… quand le CNOSS va-t-il penser à la participation ?

Madame la Ministre de la Jeunesse et des Sports,

Monsieur le Président du CNOSS,

Ne laissez surtout pas le Coordonnateur du COJOJ vous damer le pion !

À moins d’un mois de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse, une petite question mérite d’être posée : nos jeunes athlètes ont-ils appris à vivre ensemble avant d’aller vivre ensemble au Village olympique ?

Nous l’avons dit, répété et même rabâché : le Sénégal doit relever deux défis distincts, mais complémentaires.

Il y a d’abord le défi de l’organisation, qui relève, au plan local, du COJOJ.

Et force est de constater que, dans cette dernière ligne droite, le COJOJ est à pied d’œuvre. Les volontaires sont regroupés dans une caserne militaire pour parfaire leur formation. On leur apprend à être disponibles, réactifs, disciplinés et surtout à travailler ensemble.

Normal.

Un grand événement ne s’improvise pas.

Mais il y a aussi le défi de la participation, qui relève du mouvement sportif et, au premier chef, de la responsabilité de celui qui porte la délégation nationale.

Et là, une question toute simple se pose :

Où est notre regroupement des athlètes ?

Nous avons 25 disciplines en compétition et 10 disciplines de démonstration. Des jeunes filles et des jeunes garçons venus de fédérations différentes, de clubs différents, de régions différentes, avec des parcours différents.

Ils vont pourtant bientôt devenir, pendant plusieurs jours, une seule et même équipe : l’équipe du Sénégal.

Ils vont habiter dans le même Village olympique. Prendre leurs repas ensemble. Se retrouver dans les mêmes espaces. Parfois partager les mêmes appartements, voire les mêmes chambres.

Ils vont devoir apprendre à se connaître, à se respecter, à s’encourager, à célébrer ensemble une victoire et à accepter, dans la dignité, une défaite.

Ils vont surtout devoir porter le même maillot, le même drapeau et le même nom : Sénégal.

Or, pardonnez-moi cette impertinence :

On ne décrète pas l’esprit d’équipe le jour de l’arrivée au Village olympique !

Vivre ensemble est un apprentissage.

Faire corps est un apprentissage.

Se sentir appartenir à une même communauté sportive est un apprentissage.

Alors, pourquoi attendons-nous d’être au Village olympique pour commencer cet apprentissage ?

On forme les volontaires… et les athlètes, on les laisse se découvrir au Village ?

C’est là que réside le paradoxe.

Le COJOJ rassemble ses volontaires et les met en situation pour qu’ils apprennent à fonctionner comme une équipe.

Pendant ce temps, nos jeunes ambassadeurs, eux, semblent devoir se retrouver le moment venu, avec pour seule consigne implicite :

«« Bonjour, je suis judoka.

— Enchanté, moi je suis nageuse.

— Moi, je suis basketteur.

— Très bien, rendez-vous au petit-déjeuner demain ! »»

Et voilà notre cohésion nationale !

On peut évidemment sourire.

Mais derrière cette petite scène se trouve une vraie question de préparation.

Ces jeunes ne vont pas seulement représenter leurs fédérations.

Ils vont représenter le Sénégal.

Il serait donc souhaitable qu’avant de partir aux JOJ, ils aient au moins eu l’occasion de se rencontrer, d’échanger, de partager quelques moments de vie et de comprendre qu’au-delà de leurs disciplines respectives, ils appartiennent à une même délégation.

Alors, appel aux fédérations !

Je lance donc un appel solennel, patriotique et sportif aux fédérations :

Demandez au CNOSS d’être votre interlocuteur auprès du ministère chargé des Sports pour organiser, sans plus tarder, un premier regroupement de nos jeunes athlètes.

Pas nécessairement un stage de quinze jours.

Un VSD peut suffire.

Un week-end de partage, de préparation mentale et collective, de sensibilisation, de rencontre avec les anciens Olympiens, avec les responsables du mouvement sportif et, pourquoi pas, avec les autorités de la République.

L’objectif serait simple :

«Créer ou consolider « l’esprit Sénégal » chez nos jeunes ambassadeurs avant leur entrée au Village olympique.»

Ils doivent partir avec la conviction qu’ils ne seront pas seulement 25 disciplines en compétition et 10 disciplines de démonstration, ni plusieurs dizaines de sportifs juxtaposés.

Ils seront une délégation.

Une équipe.

Une famille sportive, avec ses différences, ses complémentarités, ses ambitions et surtout son drapeau.

Et si nous invitions les Olympiens à leur parler ?

Nos anciens Olympiens savent ce que signifie entrer dans une arène internationale avec le drapeau national sur les épaules.

Ils savent ce que représente le moment où l’on entend le nom de son pays.

Ils savent aussi que, dans ces moments-là, la préparation psychologique et humaine compte autant que les heures d’entraînement.

Une rencontre avec eux pourrait être infiniment plus utile que bien des discours.

Et si, à cela, s’ajoutait la visite de quelques autorités de la République, nos jeunes pourraient recevoir cette motivation extrinsèque qui, parfois, permet de dépasser les limites que l’on croyait infranchissables.

Parce que, soyons sérieux deux minutes…

Compte tenu des conditions dans lesquelles certains de nos jeunes ont préparé ces Jeux, obtenir une médaille ne sera certainement pas une promenade de santé.

Pour certains, il faudra peut-être soulever le Monument de la Renaissance africaine tout entier : le père, la mère, l’enfant et, tant qu’à faire, le futur petit-fils !

Mais précisément parce que la tâche est difficile, il faut leur donner tout ce qui peut renforcer leur confiance, leur solidarité et leur sentiment d’appartenance.

Le Sénégal ne peut pas demander à ces jeunes de soulever des montagnes tous seuls.

Il doit d’abord leur apprendre à porter ensemble le même rêve.

Le Village olympique ne doit pas être le lieu où commence la vie collective de la délégation.

Il doit être le lieu où elle s’épanouit.

Le temps presse.

Le COJOJ peaufine son organisation.

Il est maintenant temps que le mouvement sportif peaufine sa participation.

Car nos jeunes athlètes ne doivent pas seulement apprendre à vivre au Village olympique.

Ils doivent d’abord apprendre à vivre ensemble, ici, au Sénégal.

Et cela, Mesdames et Messieurs du mouvement associatif sportif, ne nécessite ni un stade, ni un tatami, ni une piscine olympique.

Il faut simplement commencer.

Et commencer maintenant.

Souleymane Boun Daouda DIOP, Directeur Général du Cabinet Conseil SERISE-SARL, spécialisé en gouvernance des organisations sportives.

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